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Séminaire art contemporain
A partir de quand fait-on partie du monde ?
les 26 et 27 octobre 2017 à l'ESA

organisé par le Fonds Régional d'Art Contemporain de La Réunion avec le soutien financier du ministère de la Culture et de la Communication (DAC-OI) et de la Région Réunion.

A partir de quand fait-on partie du monde ?
Jeudi 26 > de 14h à 17h30 Vendredi 27 > de 9h00 à 12h00 et de 14h00 à 16h00


L'intitulé de ce séminaire emprunte le titre d'une photographie de Thierry Fontaine réalisée en 2005. Il est question dans cette image de condition d'appartenance au monde, de condition d'existence et de reconnaissance. Qu'en est-il de ce contexte qui contribue à la constitution d'une identité ? De ce qui participe à la création d'une œuvre, qu'elle soit visuelle ou littéraire ?
En s'appuyant sur le processus d'un artiste, il s'agit d'examiner ces conditions qui participent à l'émergence et à la reconnaissance d'une fabrication de l'image et plus globalement d'une création plastique dans des territoires non occidentaux. A partir de divers points de vue de philosophes, critiques, commissaires et artistes, seront abordées ces questions de localisation, de délocalisation, de globalisation des émergences de l'art.
Comment créer une esthétique de la relation ? Comment aborder cette pensée du tremblement évoquée par Edouard Glissant ? Et surtout comment poser cette question omniprésente et actuelle de la créolisation du monde.
Ce séminaire critique accompagne l'exposition monographique de Thierry Fontaine présentée simultanément sur deux lieux, le Fonds régional d'art contemporain à Saint-Leu et la Cité des arts à Saint-Denis. Cinq intervenants seront invités à traiter ces questions à partir de l'œuvre de Thierry Fontaine avec une approche analytique dans un premier temps, puis dans une seconde partie, elles seront examinées à l'aune d'une vision plus géopolitique et économique.


LES INTERVENTIONS
Dominique Abensour

Si l'artiste occupe le champ de la sculpture, laquelle, au sens élargi du terme, relève autant de l'objet que du geste ou de l'action, ses œuvres n'existent que sous la forme de photographies. Dominique Abensour porte son attention sur les processus créatifs d'une démarche qui ouvre un espace réflexif sur la complexité du monde dans lequel l'artiste intervient. A travers une approche du pouvoir d'agir de l'image, elle interroge les conditions d'une alliance entre la sculpture comme lieu d'expérience et la photographie comme dispositif constructif.

Joëlle Zask Joëlle Zask aborde la relation entre le sujet des œuvres de Thierry Fontaine et leur environnement, que celui-ci soit suggéré ou manifeste. Cette relation est frappante dans les photographies, où la mer, le ciel, la forêt, parfois la ville à la fois échappent à la représentation et situent le sujet de l'œuvre. L'environnement n'est ni cadre ni décor ni indice de contextualisation mais partenaire de la création d'une situation complète. Tout en montrant la spécificité du travail photographique, elle fera le lien avec une sélection d'œuvres outdoor de l'artiste.

Myriam Omar Awadi et Yohann Queland de Saint-Pern De Base, est un programme de recherche à dimension variable initié par Yohann Queland de Saint-Pern depuis 2015. Sa fonction est de réunir des artistes, des techniciens, des scientifiques autour de la question de la création et de la circulation des formes aux sein de différents contextes sociétaux et géographiques. De Base, est un project space, véritable lieu de production et d'exposition mis en œuvre par des artistes pour des artistes. Myriam Omar Awadi et Yohann Queland de Saint-Pern s'appuieront sur ce projet et sur d'autres exemples collaboratifs pour aborder ces questions de contexte de fabrication de l'art aujourd'hui.

Salim Curimjee  

Kabelo Maltsie Matšatšie a … a video screening catalogue that includes anecdotes set in 1950s–60s rural Limpopo, north of South Africa. The anecdotes are written in Khelobedu, a South African language that is not considered one of the country's official languages and therefore has no standard orthography. Oddly, it is the only language I speak fluently… you can see the conundrum of speaking a language that only a few South African know exists. Khelobedu has some interesting concepts around gender and patriarchy, which is pertinent and timely. It is in the catalogue where I introduce a failure to translate, the visual to the verbal and Khelobedu to English, this becomes a start of dealing with coherence. These inabilities to translate concepts or ways of doing that do not exist in the culture/ language that we are translating it to. Inspired by Eduardo Glissant's creole garden, I ask how can we mobolise these untranslatable concepts into everyday and academic speech. Gilles Deleuze says ‘No theory can develop without eventually encountering a wall, and practice is necessary for piercing this wall'*. With all of this in mind, what languages (verbal, visual, sonic) can we conjure up to articulate our complex identities?

Matsatsie a …- un catalogue de video surveillance — décrit une série d'incidents qui se déroulent dans les années 1950-60, dans le Limpopo rural, au Nord de l'Afrique du Sud. Ces textes sont écrits en khelobedu, une langue sud-africaine non reconnue qui ne possède pas d'orthographe officielle.
C'est la seule langue que je parle couramment. Et il est étrange de parler une langue que seuls quelques Sud-Africains comprennent.
Le Khelobedu comporte des concepts intéressants en particulier autour du genre et du patriarcat. Transcrire ces concepts, de l'image vers le verbe ou du khelobedu vers l'anglais, défie la cohérence. On se retrouve en effet dans l'incapacité de traduire ces idées, ces modèles d'exister, puisqu'ils ne se conçoivent pas dans l'autre culture ou dans l'autre langue.
En m'appuyant sur le concept de Jardin créole développé par Edouard Glissant, je pose la question de la mobilisation de ces concepts intraduisibles dans le discours quotidien et académique. Gilles Deleuze disait : “Aucune théorie ne peut se développer sans rencontrer une espèce de mur, et il faut la pratique pour percer le mur.»*
Ayant cela à l'esprit, quels langages (verbaux, visuels, sonores) pouvons-nous évoquer pour articuler nos identités complexes?

* Les intellectuels et le pouvoir, Entretien de Michel Foucault avec Gilles Deleuze. 4 mars 1972.

LES BIOGRAPHIES DES INTERVENANTS

Dominique Abensour
Critique d'art et commissaire d'exposition, Dominique Abensour est professeur à l'École européenne supérieure d'art de Rennes. Directrice du Quartier - Centre d'art de Quimper de 1995 à 2008, elle a organisé plus de 80 expositions (dont celles dédiées à Jean-Pierre Bertrand, Dominique Figarella, James Hyde, Tania Mouraud, Dan Perjovschi, Sophie Ristelhueber Jean-Michel Sanedjouand ou Yuri Leiderman), soutenues par des productions d'œuvres et un programme éditorial. Elle s'est notamment investie au Moyen Orient et dans l'espace postsoviétique à travers des expositions collectives en France (D'Israël 1998), en Arménie (Stratégies de l'histoire /Stratégies de l'art 2008) et à Moscou en 2003 et 2010. Chargée des Biennales de Bourges 2010 et 2012, elle a, entre autres, été la commissaire des expositions Pascal Pinaud. Sur la route (avec l'artiste) et Mettre à jour consacrée aux diplômés des quatre écoles de Bretagne, présentées au Frac Bretagne en 2015. Plus récemment elle a assuré le commissariat des trois expositions de Thierry Fontaine en 2017: Vers le but, au Frac Provence-Alpes Côte d'Azur, Écho au Frac Réunion et à la Cité des Arts (en collaboration avec Nathalie Gonthier).
Elle est l'auteure de nombreux textes, parmi lesquels, « L'art et la contradiction » catalogue René Lévi (Editions Kunstmuseum Thun 2008), « L'image et son exposition » monographie Marcel Dinahet 1990-2010 (Editions Lienart, Paris 2010), « Je ne suis pas un artiste, c'est l'art qui fait l'artiste : l'art et la manière de Georges Adéagbo » (Art contemporain Africain, Regards critiques, Editions Aica presse, 2011), L'art et son exposition, essai, (Editions Mac/Val, Vitry, 2012), « Art et économie, regard rétrospectif sur la Biennales de Rennes » (site lesateliersderennes.fr 2016).

Claude Allemand
Claude Allemand est historienne de l'art et conservateur général honoraire du patrimoine. Comme conservateur au musée Dobrée à Nantes, elle a surtout étudié et publié sur l'histoire de l'urbanisme et de l'architecture à Nantes et à Clisson au XVIIIe et XIX siècles. Au musée des Beaux-Arts de Nantes, elle a assuré le commissariat d'expositions et des publications scientifiques sur Les Années romantiques, Paul Delaroche, Burne-Jones, Henry Moore, Sarkis ou Gaston Chaissac par exemple. Enfin comme directrice du Fonds national d'art contemporain (FNAC) au Centre national des arts plastiques à Paris, elle a favorisé l'étude et diffusion des œuvres du FNAC en France comme à l'étranger. Elle a été membre du comité technique du Frac de la Réunion et a collaboré avec le musée Léon Dierx. Elle est membre du conseil d'administration du Musée international des arts modestes (MIAM) à Sète créé par Hervé di Rosa.

Salim Currimjee
Salim Currimjee est un artiste mauricien né en 1963. Il est également architecte, diplômé de la Rice University of Houston, Texas en 1990. Ses œuvres plastiques sont régulièrement présentées dans des expositions solo à Maurice. Il a participé à de nombreuses expositions collectives et biennales à Londres, aux Seychelles, en Inde, ou encore en Afrique du Sud ou en Allemagne. Salim Curimjee est membre du comité de la Tate Modern à Londres. Grand collectionneur, il crée, en mai 2015, l'Institute of Contemporary Art Indian Ocean (ICAIO), une fondation à but non lucratif dont l'objectif est d'organiser des activités visant à faire découvrir l'art contemporain aux Mauriciens. L'institut, situé à Port-Louis, est une plate-forme dédiée à l'art. Il vise à promouvoir l'éducation artistique et à valoriser l'art contemporain. Depuis son ouverture, l'ICAIO accueille quatre expositions chaque année ainsi que des conférences et des ateliers de travail.

Kabelo Malatsie
Kabelo Malatsie est curateur et vit à Johannesburg. Elle est titulaire d'un baccalauréat en commissariat de l'Université de Cape Town et d'un baccalauréat en administration du marketing BCOM de l'Université de Johannesburg. Elle poursuit actuellement une maîtrise en histoire de l'art à l'Université de Witwatersrand. Son intérêt pour la recherche est d'explorer d'autres modèles financiers et institutionnels qui sont enracinés dans le contexte sud-africain. Elle a organisé des expositions à Johannesburg et Cape Town. Elle a été l'une des participantes de l'Atelier des jeunes curateurs de la 9e Biennale de Berlin. En 2016, elle était en résidence de recherche en Suisse.

Myriam Omar Awadi
Myriam Omar Awadi, née en 1983, vit et travaille actuellement à l'île de la Réunion. A travers une pratique tournée vers divers médiums (dessin, vidéo, céramique, installation...), l'artiste développe une poétique de l'inaction, caractérisée par une esthétique ténue et une poésie du langage, jouant notamment sur la notion d'écriture et avec divers mondes sémantiques (du populaire au savant).
Ses dernières recherches autour de la question du discours à l'œuvre dans le milieu de l'art et de la médiation culturelle (Esthétique de la broderie) et du texte en tant que matière plastique l'ont amenée à explorer d'autres champs liés aux pratiques performatives et à la mise en scène. Suivie par la galerie Béatrice Binoche durant trois ans, elle participe à diverses foires d'art contemporain telles que l'Indian art fair (Inde), la Joburg art fair
(Afrique du sud), et le salon Drawing Now Paris (France). Elle expose régulièrement ses œuvres à la Réunion, et a récemment présenté son travail à la galerie Maubert sous le commissariat de Julie Crenn et au Palais de Tokyo lors de l'exposition Visions consacrée à la recherche en école d'art.

Yohann Queland de Saint-Pern
Né en 1980. Artiste visuel et réalisateur, diplômé de l'ESAB de Rouen (DNSEP) et d'un Master Assistant de Réalisation. «La démarche de YQDSP est profondément motivée par une attitude philosophique et politique de refus des principes d'autorité qui régissent l'organisation sociale. Au moyen de performances-vidéo et plus récemment de dessins, où priment le dérisoire et l'absurde, il propose une lecture décalée ainsi qu'une réévaluation
de la réalité. Le déplacement, sous forme de flânerie ou d'arpentage, constitue pour Yohann Quëland un médium privilégié pour s'interroger sur l'inscription de l'individu dans son territoire. A l'aide de l'Homme au casque rouge, “personnage-homme-outil” qu'il a créé au début des années 2000, il réalise des performances filmées qui mêlent écoute attentive du monde et légèreté : saluer les promeneurs du Jardin des plantes de Rouen, coudre un espace blanc ou effectuer des gestes lents au milieu de l'agitation des flux urbains... Lenteur
et inutilité font de son travail un geste de résistance à la fois poétique et politique, en cela qu'il est « libéré d'une relation à une fin »»(1).
Son travail a été présenté notamment au Pulsar Caracas, Musée Alejandro Otero-Mao, Venezuela, au Xiamen International Contemporary Art Exhibition, Chine, à la Sakshy gallery, Mumbai, Inde, au Centre Pompidou de Metz, au FRAC Lorraine, ainsi qu'au Palais de Tokyo lors des Nuits Blanches à Paris 2012.
(1) PdB, Notice du catalogue en ligne de l'Artothèque du Département, 2010. Lire également à ce sujet le texte de Stéphane Carayrou Suspens in catalogue de l'Artothèque, Chemin faisant, 2009.

Joëlle Zask
Joëlle Zask est professeur de philosophie à l'université Aix-Marseille et de l'Institut d'histoire de la philosophie (IHP), et actuellement détachée au CNRS, au centre Marcel Mauss de l'EHESS. Spécialiste de philosophie politique et de la philosophie pragmatiste américaine (en particulier celle de John Dewey), elle aborde la démocratie par l'intermédiaire d'expériences variées d'auto-gouvernement et étudie les enjeux politiques des théories de l'art et de la culture. Elle intervient fréquemment dans les débats de politique culturelle, d'art public et de commande publique, en interrogeant les conditions d'une politique de l'art véritablement démocratique. Ses travaux actuels portent sur la place publique, dont elle se demande à quelles conditions typomorphologiques elle s'avère favorable aux modes de vie démocratiques.
Outre des articles dont certains sont présents sur ses sites (http://joelle.zask.over-blog.com/ https://univ-amu.academia.edu/joellezask), elle est l'auteure de plusieurs ouvrages, les plus récents sont Participer ; Essais sur les formes démocratiques de la participation, (Le bord de l'eau Éditions, 2011); Outdoor Art. La sculpture et ses lieux (Éd. la Découverte, 2013); Introduction à John Dewey (Ed. la Découverte, 2015) et La démocratie aux champs (Ed. la Découverte, 2016)


LE MOT DE LA DAC-OI
De l'artiste à l'œuvre, de l'œuvre au public, des publics aux territoires… Les missions d'un FRAC sont multiples. Ce séminaire consacré à l'œuvre de Thierry Fontaine complète le dispositif de l'exposition Echo qui se déroule simultanément à la Cité des arts et au FRAC. Il apporte l'éclairage critique nécessaire à la lecture d'une œuvre complexe en lien avec les territoires de la création post-coloniale et post-apartheid. Cette mise en lumière des questionnements d'un artiste contemporain majeur trouve une résonnance particulière au sein de la société réunionnaise traversée par la quête de son identité.

Marc Nouschi /Directeur des Affaires Culturelles de l'océan Indien

LES PARTENAIRES
Ce séminaire est organisé par le Fonds Régional d'Art Contemporain de La Réunion (FRAC) avec le soutien financier du Ministère de la Culture et de la Communication (DAC-OI) et de la Région Réunion.

Avec le soutien d'Air Austral, transporteur aérien.
et en partenariat avec l'Ecole supérieure d'art de La Réunion
 

(Art Paysage Insularité).
SEMINAIRE DE RECHERCHE


Au programme :
cinq communications de chercheurs et d'artistes d'approches et d'horizons différents.

13h-13h40 : Yves-Michel BERNARD, « Anne et Patrick Poirier, poétique de la ruine »
13h40-14h20 : Clotilde PROVANSAL, « L'hybride proliférant ou l'infinie vitalité des images »
14h20-15h : Magali COMPAN, « Profondément enraciné dans le présent : Street Art et Mémoire à La Réunion »

Pause (15h-15h20)

15h20-16h : Cathy CANCADE, « Images mentales et espaces imaginaires : Habiter l'espace »
16h-16h40 : Aude-Emmanuelle HOAREAU, « Art performatif chez l'artiste réunionnais Christian Jalma (dit Floyd dog) : création d'un espace de langage pour une mutation des identités »

16h40 : clôture et collation

RESUMES DES INTERVENTIONS

Yves-Michel BERNARD (chercheur, enseignant, ESA Réunion & ENSAM Réunion)

« Anne et Patrick Poirier, poétique de la ruine »
A partir des années 1970, Anne et Patrick Poirier mettent en forme des maquettes d'architecture accompagnées de photographies réalisées durant leur voyage en Italie et au Moyen-Orient. A la suite d'une résidence de cinq années à la villa Médicis à Rome, ils participent à la Documenta VI de Kassel en 1977, puis, grâce à une bourse du Goethe Institut, s'installent durant une année dans le quartier de Kreuzberg à Berlin. C'est durant cette recherche qu'ils expérimentent le film aléatoire : poser une caméra Super 8 contre la fenêtre du tram, au bord d'une rue ou dans l'axe d'une porte cochère, et lui faire enregistrer le paysage urbain, le passage des habitants, leurs gestes et postures. Un vieil homme ramasse des planches parmi des gravats. Des ouvriers achèvent d'abattre des murs de brique dans la poussière. Ces travaux s'inscrivent dans une longue histoire de la peinture débutée avec le romantisme français (Hubert Robert) et allemand (Caspar David Friedrich) du XIXe siècle et suggèrent une pensée du temps illustrant la poétique de la ruine.


Cathy CANCADE (Artiste-plasticienne)

« Images mentales et espaces imaginaires : Habiter l'espace »
« Habiter l'espace » est directement rattaché à un projet de recherche global que je mène depuis fin 2016 à La Réunion et qui s'intitule « Images mentales et Espaces imaginaires ». Il fait suite à une première proposition, « Quand la ligne devient forme », présentée à l'ESA la même année dans le cadre du DNSEP. Lors de ce deuxième volet, la parole est donnée à des personnes déficients visuels dans le cadre d'ateliers de recherches et d'expression plastique afin d'ouvrir le débat quant aux dimensions affectives, senties et ressenties de ces espaces dans lesquels leurs corps évoluent. S'interroger sur la perception du monde qu'ont les personnes privées de vision c'est remettre en question la perception de celui-ci par les voyants. La question qui s'impose alors : Ce que l'on voit suffit-il à dire ce que l'on sait des espaces qui nous entourent ? Il s'agit de s'affranchir du prisme de l'oeil comme vérité première et de questionner nos espaces et nos manières d'habiter pour en révéler la part immatérielle et sensible. Les enjeux d'une telle démarche sont multiples, c'est déjà prendre conscience des limites de certains points de vue et de l'intérêt d'en découvrir d'autres. C'est aussi repousser les frontières du vu et du connu pour se frotter à d'autres formes d'espaces où tous les sens sont en éveil. Quels sont les enjeux d'une telle recherche, quelle est sa portée et quel intérêt présente-t-elle ?


Magali COMPAN (Associate Professor, College of William and Mary, Williamsburg, US)

« Profondément enraciné dans le présent: Street Art et Mémoire à La Réunion »
Au cours de cette présentation, je me propose d'examiner le travail des artistes de rue Kid Kréol et Boogie dont les textes visuels constituent une (ré)articulation de la mémoire et de l'identité à l'île de La Réunion. Dans les zones industrielles abandonnées ou les espaces urbains, leur travail représente de façon constante les Zamérantes, les protagonistes de contes et légendes des traditions orales et écrites de l'île. Les espaces publics choisis pour leurs oeuvres catalysent les messages des oeuvres pendant que les oeuvres reconstituent la signification des espaces et des lieux d'exposition. Le but de ces artistes est de manipuler le traditionnel à travers le contemporain en superposant le réel et l'imaginaire, le passé et le présent. Cette communication soutient que ces (ré)visions de la mémoire prennent la forme d'une superposition de traces qui constituent une nouvelle structure composite. Cette superposition peut être une superposition non seulement de deux moments dans le temps, mais aussi de lieux, d'espaces et de cultures qui produisent une chaîne de signification. Comprendre leur art à travers la notion de palimpseste permet également d'envisager la mémoire comme transculturelle et transtextuelle. L'espace mémoriel – véritable noeud de mémoire – est alors le résultat de constantes interconnections de différentes voix, cultures, espaces et temps.


Aude-Emmanuelle HOAREAU (chercheuse, enseignante, ESA Réunion & CRILLASH)

« Art performatif chez l'artiste réunionnais Christian Jalma (dit Floyd dog) : création d'un espace de langage pour une mutation des identités »
Iconoclastes et flamboyants, les discours et les mises en geste dans l'art contemporain performatif de l'île de La Réunion sont générateurs d'un langage. Les dimensions de ce langage, à la fois verbale (aux frontières du français et le créole) et corporelle, ouvrent des champs de significations nouveaux. Les pratiques performatives constituent ainsi un régime de présence critique et mettent en perspective des problématiques fortes inscrites dans le territoire, entre stigmates du passé esclavagiste, engagiste et colonial et mutations à l'oeuvre dans les identités actuelles. Ces pratiques sont-elles à même, par leurs inventions langagières, de transformer notre rapport à l'identité ? Pour répondre à cette question, nous nous intéresserons aux travaux de l'artiste Christian Jalma dit Floyd dog (né en 1961 à La Réunion), dont les performances jouent sur le discours et remaniement le sens, au croisement des langues française et créole. Son corps qui occupe l'espace de manière apparemment anarchique déploie lui aussi des réseaux de significations, en prise avec des questionnements actuels et notamment le procès de créolisation à l'oeuvre dans les mondes insulaires et l'hybridation du soi dans ce qu'elle a de riche, mais aussi d'angoissant. Ce langage tantôt critique, poétique voire fantastique et prophétique manifeste de nouvelles façons de sentir et de présenter le corps. Il réinvente aussi l'espace dans lequel s'inscrit ce corps.


Clotilde PROVANSAL (Artiste-plasticienne)

« L'hybride proliférant ou l'infinie vitalité des images »
A travers l'expérience d'un laboratoire virtuel, « le Laboratoire des Hybrides », il s'agit d'explorer les enjeux d'une recherche plastique sur l'hybridité à La Réunion. En quoi une image est-elle hybride? Comment la rendre « vivante »? Dans quelle mesure le paysage influence-t-il la structure de l'image? Les travaux qui seront présentés illustrent des oeuvres relationnelles et collaboratives. Elles engagent la participation des publics et interrogent la notion d'hybridité dans la fabrication des images. Elles s'appuient sur des propositions transdisciplinaires, reliant la création au geste et à la pensée. A partir de protocoles définis en amont, ces propositions s'inscrivent comme des expériences ouvertes, sans finalité, des mises en situations qui génèrent des images mentales. Ces projections d'ordre intime, social, culturel sont ensuite dé-territorialisées, transposées dans un autre espace physique (le corps, le paysage, la cour de l'école, etc.). Nous verrons en quoi cette transposition génère un ailleurs, un en-dehors de l'image qui contribue à sa vitalité. Dans cette recherche, l'île devient le creuset d'émergences nouvelles. Ambiguë, utérine, elle offre ses replis à nos désirs projetés et imprime dans sa chair notre sensibilité. Corps vivant, l'île nous invite à l'examiner, à poser sur elle un regard clinique. Cette approche sera développée lors de la présentation d'un projet de recherche
 

Minotaure, 2015. 78 x 111 x 221 cm
Peau de taureau, épingles, clous,polystyrène, mousse polyuréthane, bois, plexiglas, peinture, colle.
Clotilde PROVANSAL
(c) ESA Réunion


 

"Images Mentales Et Espaces Imaginaires" Habiter l’espace
Dans le cadre du lancement de la plate-forme de professionnalisation des jeunes artistes La Semeuse

La démarche de Cathy Cancade s'apparente à celle de l'explorateur-cartographe, arpentant et mesurant le monde dans lequel nos corps évoluent. Dans ce travail intitulé Habiter l'espace cette artiste, diplômée de l'ESA Réunion en 2016, repousse les frontières du vu et du connu en s'affranchissant du prisme de l'œil pour se frotter à la part immatérielle et affective des espaces qui nous entourent. Elle sonde nos autres « manières de voir » et de percevoir l'espace et met en évidence la querelle des sens. Quels sont les enjeux et la portée d'une telle recherche ?

Ouverture autour d'un verre > lundi 9 octobre  à 16h30

Accrochage > du mardi 10 au vendredi 13 octobre 2017 dans la galerie de l'ESA

entrée llibre

(c) Frottements, extrait vidéo 2017. Cathy Cancade

 

Lecture de clôture
lecture de clôture

Docteur en Histoire de l'art, Céline Roux est chercheur indépendant. Spécialiste des pratiques performatives du champ chorégraphique français, elle est notamment l'auteur de Danse(s) performative(s) (L'Harmattan, 2007) et de Pratiques performatives / Corps critiques # 1-10 (2007-2016) (L'Harmattan, 2016). Conférencière, formatrice et enseignante, elle intervient dans des universités et écoles d'enseignement supérieur ainsi que dans la formation des danseurs. Elle collabore aussi aux projets artistiques de danseurs-chorégraphes contemporains que ce soit pour les archives d'artiste, la production de textes critiques et de projets éditoriaux, ou l'accompagnement dramaturgique. Parallèlement à ses activités sur/pour/autour de l'art chorégraphique, elle pratique le hatha-yoga en France et en Inde depuis plusieurs années.

Le corps définit l'espace – Mises en jeu critique des pratiques performatives.
A travers des exemples précis, il s'agit d'interroger le corps et l'espace qu'il occupe ou plutôt d'approcher comment le corps peut se fondre dans et se normer à des conventions spatiales ou, a contrario, mettre en exergue une autre manière de s'engager dans l'espace. Cette conférence évoquera à la fois le lieu théâtre et l'espace scénique comme espace conventionnel à questionner mais aussi les espaces in situ ainsi que les dimensions sociologiques, individuelles et collectives qui relèvent de ces corps « mis en jeu ».

(c) "Re?trospective", par Xavier Le Roy, 2013 ©Peter Ho?nnemann

le samedi 7 octobre  à la Médiathèque Benoîte Boulard à 10H30

  entrée libre

Forum Interprofessionnel des Arts Visuels
Forum en partenariat avec l'ESA Réunion, Cheminement(s) et Lerka


vendredi 13 octobre 2017
École supérieure d'art
De la réunion - le port

Un forum pour les professionnels des arts visuels

Le Forum Interprofessionnel des Arts Visuels a pour objectif de permettre aux artistes et aux acteurs du monde artistique de se professionnaliser et de se rencontrer.
Seront présents des représentants de lieux d'expositions, associations, artistes, critiques d'art, commissaires d'exposition, collectivités locales, État, enseignement supérieur artistique, autour de conférences le matin et d'ateliers pratiques l'après-midi.

Au programme :
le statut juridique et fiscal de l'artiste sera abordé ainsi que la question des droits d'auteur. Les visiteurs pourront échanger tout au long de la journée avec les acteurs des arts visuels autour de tables dans la cour de l'ESA Réunion.

Le Forum Interprofessionnel des Arts Visuels est organisé par L'École Supérieure d'Art de La Réunion, en collaboration avec Cheminement(s) & LERKA.
Le FIAV bénéficie du soutien de la Région Réunion et de la Direction des Affaires Culturelles océan Indien.

Découvrez le programme détaillé ici:
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CONTACT & INFORMATION
Valérie Abella
0692 68 71 77
abellavalerie@gmail.com
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Plan de l'ESA


 

Lecture d'ouverture
Conférence

Céline Roux
Docteur en Histoire de l'art, Céline Roux est chercheur indépendant. Spécialiste des pratiques performatives du champ chorégraphique français, elle est notamment l'auteur de Danse(s) performative(s) (L'Harmattan, 2007) et de Pratiques performatives / Corps critiques # 1-10 (2007-2016) (L'Harmattan, 2016). Conférencière, formatrice et enseignante, elle intervient dans des universités et écoles d'enseignement supérieur ainsi que dans la formation des danseurs. Elle collabore aussi aux projets artistiques de danseurs-chorégraphes contemporains que ce soit pour les archives d'artiste, la production de textes critiques et de projets éditoriaux, ou l'accompagnement dramaturgique. Parallèlement à ses activités sur/pour/autour de l'art chorégraphique, elle pratique le hatha-yoga en France et en Inde depuis plusieurs années.

 

Céline Roux :Reprises, citations, détournements, piratages d'« œuvres historiques » par les pratiques performatives : une autre manière de faire l'histoire
Dans l'idée d'une approche à la fois intellectuelle et sensible du corps performatif et du format de la performance ainsi que de " ses histoires ", il semble intéressant de lier une articulation entre workshop " pratique " et temps théorique sous la forme plus traditionnelle de conférence(s).
Dans le cadre de cette invitation de Lalanbik à la Réunion, voici une proposition de mise en œuvre de cette approche convoquant un ou des temps de conférence (ouvert et accessible à tout public) et un temps de workshop (pour un public plus resservé et investi dans le processus).
Ce temps de travail est proposé depuis mon statu de chercheur et non depuis une place d'artiste.

(c) "Re?trospective", par Xavier Le Roy, 2013


Le mercredi 4 octobre 2017
à 17h30 à la Médiathèque Benoîte Boulard

entrée libre

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