30 ans de métier dans le cinéma, des tournages avec des stars comme Georges Clooney, Michael Jordan, Paul McCartney... Jean-Louis Bompoint, profession chef opérateur, est dans l’île pour animer une formation de cinéma sur pellicule 35 mm, à l’attention des étudiants de l’Iloi et des Beaux-arts au Port. Rencontre.
Dans le jargon, on dit directeur de la photographie ou chef opérateur ?
“Les deux, c’est le même métier.
En quoi ça consiste ?
Le chef opérateur est le patron de l’image sur un tournage. Il maîtrise tout, du cadre à la lumière. En France, c’est la deuxième personnalité la plus importante sur le tournage d’un film. Aux États-Unis, c’est la première. Chef op’, c’est une position agréable, confortable. On n’est embêté par personne. Ni par les comédiens ni par la production. On est payé pour faire du cinéma, au sens propre.
Et ça paye bien ?
Quand on travaille, oui, on gagne très bien sa vie.
Faut-il avoir des aptitudes particulières pour devenir chef opérateur ?
C’est comme la musique. On l’a dans le sang ou pas. Il y a très peu de choses à apprendre.
Et comment sait-on qu’on est fait pour ça ?
Ce sont les autres qui vous le disent. J’ai 30 de métier, connu toutes les professions du cinéma (Ndlr : réalisateur, chef monteur, directeur de production), eu la chance que de très grands professionnels comme Norman Mac Laren, Marcel Carné, Jean-Christophe Averty se penchent sur mon berceau. Arrivé au stade de senior, je me suis juré de transmettre le plaisir de mon métier aux jeunes. Un métier franchement rigolo. Dans la vie, je m’ennuie. Mais quand je suis sur un plateau, c’est Disneyland !
Vous avez dirigé des stars comme Georges Clooney, Michael Jordan, Nathalie Portman, Sir Paul McCartney. Racontez-nous. Gratifiant, mais ça doit être l’enfer ?
Pas du tout. Avec les noms que vous citez, c’était du beurre. Tous des anges.
Vraiment ?
Quand on travaille avec des très grands, c’est que du beurre. Avec des demi-sels par contre, c’est la foire aux entremets.
Des noms de demi-sels ?
Non. Je n’aime pas dire du mal.
Avec le réalisateur Michel Gondry, vous étiez aux manettes du célèbre spot de pub pour la marque de café Nespresso, avec Georges Clooney en guest star, et son fameux slogan “What Else”. Vous vous attendiez à un tel carton ?
Je vous raconte ? Michel Gondry m’appelle depuis Hollywood. “On va faire une pub pour du café, me dit-il. Faut faire un film très académique. Du luxe, du clean. On se fout du story-board. Et Georges Clooney fera le rôle principal”. Quelques jours plus tard, c’était dans la boîte. On va dire que je frime. Mais c’est comme ça que ça s’est passé. Le résultat d’une grande confiance avec Michel Gondry, avec qui je travaille depuis 28 ans.
En tant que cinéphile, votre film culte ?
N’importe quel film de Fernandel. J’adore.
Le pire nanard que vous ayez vu ?
La nuit américaine de François Truffaud. C’est... (il cherche ses mots). Y a pas plus putassier et malhonnête que ça. Mais ne restons pas sur une note négative. Je n’aime pas ça.
Sur quoi on termine alors ?
Tiens, mon dernier projet. Un court-métrage intitulé “Arthur mon héros”, tourné à Marseille avec des comédiens de 25 ans, un réalisateur de 23 ans. Comme une lettre à la poste. Tout ça pour dire qu’il faut croire en la jeune génération. Le but de ma venue à la Réunion, c’est justement de découvrir des talents. J’espère en croiser dans les sessions que je vais animer”
Propos recueillis par Vincent Boyer