esba reunion
Rodolphe Séraphine, enseignant en audiovisuel à l'Iloi et Jean-Louis Bompoint (à lunettes), chef opérateur de renom.


Comment tourner un film en 35 mm

Veinards, les 20 étudiants en master audiovisuel de l’Institut de l’image et de l’océan Indien (Iloi) et de l’école supérieure des Beaux-Arts du Port, qui vont profiter, durant quinze jours, d’un “workshop” en tournage cinéma sur pellicule 35 mm. Un privilège, autant vous dire. En France, une seule école d’Etat le propose. Le 35 mm, c’est le format professionnel du cinéma. Comptez 10 000 euros le bout de pellicule. Et pour faire venir le matériel adéquat, pareil. C’est cher. La croix et la bannière. Rodolphe Séraphine, enseignant en audiovisuel et infographie à l’Iloi et aux Beaux-Arts, a réussi le tour de force de rassembler du matériel pro, d’occasion (caméra Arriflex, objectifs Zeiss, pieds Satchler), en provenance d’Allemagne, d’Afrique du Sud et des USA. De quoi apprendre à bosser comme des pros du cinéma, sous la houlette de Jean-Louis Bompoint. 70 heures de cours, sur 15 jours, avec l’objectif de réaliser un court-métrage promotionnel, “tourné à la Réunion, par des Réunionnais, sur la Réunion”, insiste le professeur. Avis aux apprentis comédiens. Un casting est ouvert. Renseignements sur le site castingreunion.com. À noter que si la formation en 35 mm est gratuite pour les étudiants, elle en coûtera 1 300 euros, au quidam ou aux professionnels. Quand même ! “Pas excessif pour ce que c’est, défend Rodolphe Séraphine. Si vous comparez au nombre d’heures, ça fait moins cher qu’un stage de surf”.

  Journal de l’île du 2 novembre 2009
Jean-Louis Bompoint, œil de l’image

lundi 2 novembre 2009

http://www.clicanoo.com/index.php?id_article=226374&page=article


30 ans de métier dans le cinéma, des tournages avec des stars comme Georges Clooney, Michael Jordan, Paul McCartney... Jean-Louis Bompoint, profession chef opérateur, est dans l’île pour animer une formation de cinéma sur pellicule 35 mm, à l’attention des étudiants de l’Iloi et des Beaux-arts au Port. Rencontre.

Dans le jargon, on dit directeur de la photographie ou chef opérateur ?

“Les deux, c’est le même métier.

En quoi ça consiste ? Le chef opérateur est le patron de l’image sur un tournage. Il maîtrise tout, du cadre à la lumière. En France, c’est la deuxième personnalité la plus importante sur le tournage d’un film. Aux États-Unis, c’est la première. Chef op’, c’est une position agréable, confortable. On n’est embêté par personne. Ni par les comédiens ni par la production. On est payé pour faire du cinéma, au sens propre.

Et ça paye bien ?

Quand on travaille, oui, on gagne très bien sa vie.

Faut-il avoir des aptitudes particulières pour devenir chef opérateur ?

C’est comme la musique. On l’a dans le sang ou pas. Il y a très peu de choses à apprendre.

Et comment sait-on qu’on est fait pour ça ?

Ce sont les autres qui vous le disent. J’ai 30 de métier, connu toutes les professions du cinéma (Ndlr : réalisateur, chef monteur, directeur de production), eu la chance que de très grands professionnels comme Norman Mac Laren, Marcel Carné, Jean-Christophe Averty se penchent sur mon berceau. Arrivé au stade de senior, je me suis juré de transmettre le plaisir de mon métier aux jeunes. Un métier franchement rigolo. Dans la vie, je m’ennuie. Mais quand je suis sur un plateau, c’est Disneyland !

Vous avez dirigé des stars comme Georges Clooney, Michael Jordan, Nathalie Portman, Sir Paul McCartney. Racontez-nous. Gratifiant, mais ça doit être l’enfer ?

Pas du tout. Avec les noms que vous citez, c’était du beurre. Tous des anges.

Vraiment ?

Quand on travaille avec des très grands, c’est que du beurre. Avec des demi-sels par contre, c’est la foire aux entremets.

Des noms de demi-sels ?

Non. Je n’aime pas dire du mal.

Avec le réalisateur Michel Gondry, vous étiez aux manettes du célèbre spot de pub pour la marque de café Nespresso, avec Georges Clooney en guest star, et son fameux slogan “What Else”. Vous vous attendiez à un tel carton ?

Je vous raconte ? Michel Gondry m’appelle depuis Hollywood. “On va faire une pub pour du café, me dit-il. Faut faire un film très académique. Du luxe, du clean. On se fout du story-board. Et Georges Clooney fera le rôle principal”. Quelques jours plus tard, c’était dans la boîte. On va dire que je frime. Mais c’est comme ça que ça s’est passé. Le résultat d’une grande confiance avec Michel Gondry, avec qui je travaille depuis 28 ans.

En tant que cinéphile, votre film culte ?

N’importe quel film de Fernandel. J’adore.

Le pire nanard que vous ayez vu ?

La nuit américaine de François Truffaud. C’est... (il cherche ses mots). Y a pas plus putassier et malhonnête que ça. Mais ne restons pas sur une note négative. Je n’aime pas ça.

Sur quoi on termine alors ?

Tiens, mon dernier projet. Un court-métrage intitulé “Arthur mon héros”, tourné à Marseille avec des comédiens de 25 ans, un réalisateur de 23 ans. Comme une lettre à la poste. Tout ça pour dire qu’il faut croire en la jeune génération. Le but de ma venue à la Réunion, c’est justement de découvrir des talents. J’espère en croiser dans les sessions que je vais animer”

Propos recueillis par Vincent Boyer



École Supérieure des Beaux-Arts de la Réunion - 102 avenue du 20 décembre 1848 - B.P. 246 - 97826 - Le Port Cedex - La Réunion - email - Tel: +262 (0)262 43 08 01 - Fax: +262 (0)262 43 08 02